Publier dans la bibliothèque KDP : bonne ou mauvaise Idée ? On vous donne notre avis…

Les avantages de la bibliothèque kdp sont multiples et peuvent transformer en profondeur le parcours d’un auteur indépendant qui cherche à se faire connaître et à toucher un lectorat plus large. Tout commence par l’accès à une audience élargie. Publier un livre dans le programme kindle direct publishing permet à l’auteur de rendre son ouvrage disponible dans l’offre kindle unlimited qui regroupe plusieurs millions d’abonnés à travers le monde. Rien qu’aux États-Unis, on estime que plus de trois millions de lecteurs utilisent régulièrement ce service et le chiffre continue de croître d’année en année. Cela signifie que le potentiel de diffusion est immense, à condition toutefois que le contenu proposé soit attractif. Il ne suffit pas de publier pour être lu, il faut aussi que la couverture attire le regard, que le résumé donne envie de découvrir l’histoire, et surtout que la qualité d’écriture retienne l’attention dès les premières pages. Un livre bien présenté et bien écrit peut ainsi voyager bien au-delà des frontières habituelles de son auteur.
La bibliothèque kdp constitue également un levier de visibilité particulièrement efficace. Chaque emprunt d’un livre, même s’il ne se traduit pas forcément par une lecture complète, participe à faire exister l’auteur dans l’écosystème kindle. Certains lecteurs ajoutent des titres à leur bibliothèque numérique pour une lecture ultérieure, d’autres feuillettent plusieurs livres avant de faire leur choix définitif, mais dans tous les cas, le nom de l’auteur circule, apparaît dans les suggestions, dans les classements, et parfois même dans les recommandations personnalisées d’amazon. Cette visibilité répétée finit par créer une présence discrète mais persistante qui peut amener certains lecteurs à revenir explorer d’autres titres déjà publiés ou à suivre l’auteur pour ne pas manquer ses prochaines sorties. Dans un environnement aussi concurrentiel que l’édition indépendante, cette exposition régulière est un atout stratégique non négligeable.
Au-delà de la visibilité immédiate, kdp permet aussi de bâtir une véritable communauté de lecteurs fidèles. Parmi les nombreux utilisateurs de kindle unlimited, certains vont s’arrêter sur un livre un peu par hasard, puis se laisser embarquer par le style, la sensibilité ou les idées de l’auteur. Ces lecteurs-là peuvent ensuite devenir des soutiens réguliers en s’abonnant à une newsletter, en suivant l’auteur sur les réseaux sociaux ou en laissant des commentaires positifs qui encouragent d’autres personnes à découvrir l’ouvrage à leur tour. Cette base de lecteurs engagés, bien qu’elle puisse paraître modeste au départ, est essentielle, car elle permet à l’auteur de créer un lien plus personnel avec son public et de pérenniser sa présence dans le temps. Un livre peut ainsi devenir la porte d’entrée vers un univers plus vaste, où le lecteur retrouve une voix, une atmosphère ou un message qui lui parle.
Enfin, la bibliothèque kdp représente une source de revenus complémentaire dont il ne faut pas sous-estimer la portée. Chaque page lue dans le cadre de kindle unlimited donne droit à une rémunération fixée mensuellement par amazon en fonction du nombre total de pages lues sur la plateforme. En 2024, par exemple, le taux moyen de rémunération par page lue avoisinait les 0,0045 dollars, ce qui peut sembler dérisoire au premier abord, mais qui peut représenter des sommes intéressantes pour un auteur dont les livres sont régulièrement lus. Certains auteurs indépendants déclarent ainsi générer plusieurs centaines voire milliers d’euros par mois uniquement grâce aux lectures issues de kindle unlimited. Cette forme de revenu passif, cumulé dans le temps, permet à l’auteur de toucher une rémunération continue même plusieurs mois ou années après la publication initiale du livre. Dans un modèle économique souvent précaire pour les écrivains indépendants, cette source de revenus apporte une stabilité bienvenue et incite à bâtir un catalogue cohérent et durable.

Les touristes lecteurices

Les inconvénients du tourisme littéraire (comme nous l’appelons) peuvent freiner les élans d’un auteur indépendant et nuancer les bénéfices apportés par une large exposition. Ce phénomène désigne une manière de lire propre à une partie des abonnés des plateformes comme kindle unlimited, qui naviguent d’un livre à l’autre sans réel engagement, comme on flânerait d’un étal à un autre sur un marché sans prendre le temps de savourer ce qu’on découvre. Parmi les premiers effets de cette tendance, on observe une forte volatilité des lecteurs. Beaucoup d’entre eux se contentent de lire quelques pages avant d’abandonner l’ouvrage sans lui accorder la chance de vraiment s’installer. Cette attitude n’est pas toujours liée à la qualité du livre, mais davantage à une logique de consommation rapide. Certains lecteurs testent plusieurs titres à la suite, dans une quête de satisfaction immédiate, ce qui nuit forcément à l’expérience littéraire profonde que certains livres demandent pour se révéler pleinement. Un roman à l’atmosphère lente, à la construction progressive ou à la langue travaillée peut être abandonné avant d’avoir eu le temps de livrer sa richesse.
Ce mode de lecture conduit également à toucher un public très large, mais non ciblé. La mise en avant dans une bibliothèque numérique universelle peut attirer des lecteurs venus d’horizons très différents, dont les attentes ou les sensibilités ne correspondent pas nécessairement à ce que l’auteur propose. Un écrivain de science-fiction peut ainsi se retrouver lu par des amateurs de romance contemporaine ou de thrillers très rythmés, ce qui provoque souvent un décalage entre le contenu du livre et les attentes du lecteur. Ce désalignement peut aboutir à des déceptions injustifiées, qui ne remettent pas en cause la valeur du livre mais révèlent plutôt un mauvais mariage entre un lecteur et une œuvre. Contrairement à un public construit petit à petit autour d’un univers littéraire cohérent, ce lectorat élargi par le biais du numérique n’offre pas toujours une réception bienveillante ni adaptée.
Un autre effet problématique de ce tourisme littéraire réside dans les critiques superficielles qu’il génère. Il n’est pas rare de voir un livre noté ou commenté après seulement quelques pages lues. Certains lecteurs se permettent d’émettre des jugements tranchés sans avoir réellement pris le temps de comprendre l’univers proposé, les intentions de l’auteur ou la tonalité du récit. Cette pratique est d’autant plus dommageable qu’elle peut influencer d’autres lecteurs potentiels, notamment lorsque les commentaires laissent croire à une lecture complète alors qu’ils reposent sur une première impression, souvent injuste. Le système de notation lui-même, simplifié et immédiat, favorise ces évaluations à la volée, qui réduisent l’œuvre à un ressenti parfois biaisé ou hors contexte.
La consommation littéraire encouragée par les plateformes numériques entraîne aussi une forme de saturation. Face à une offre pléthorique, certains lecteurs finissent par développer une forme de lassitude, semblable à une indigestion. Le choix permanent, la possibilité de passer d’un livre à un autre sans contrainte, réduit la capacité d’attention et d’investissement dans une lecture. Cela peut conduire à des jugements hâtifs, à un zapping permanent, où peu de livres sont lus jusqu’au bout. Dans ce contexte, les récits les plus subtils ou exigeants sont particulièrement vulnérables, car ils nécessitent une immersion lente et un véritable engagement du lecteur, deux conditions difficiles à réunir dans un environnement de consommation rapide.
Enfin, le piège de la gratuité joue un rôle ambigu dans cette dynamique. Mettre son livre à disposition sans frais permet certes d’attirer de nombreux lecteurs, mais cela ne garantit en rien des retours positifs ou des interactions enrichissantes. Au contraire, certains lecteurs, peu investis car n’ayant rien déboursé pour accéder au livre, peuvent se montrer moins indulgents, voire désinvoltes. L’accès gratuit tend parfois à dévaloriser le travail fourni, comme si l’effort de création n’avait plus de poids face à la facilité d’obtention. Ce paradoxe du gratuit est bien connu des auteurs autoédités, qui doivent constamment trouver un équilibre entre visibilité maximale et valorisation de leur travail. Il rappelle que la quantité de lecteurs ne se traduit pas automatiquement par une qualité de réception, et que l’abondance d’accès peut affaiblir le respect que l’on accorde à l’objet littéraire lui-même.
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Faut-il inscrire son livre dans la bibliothèque kdp ?

Faut-il inscrire son livre dans la bibliothèque kdp est une question que tout auteur indépendant devrait se poser avec lucidité avant de se lancer. Comme pour toute décision éditoriale, ce choix demande une réflexion posée car il engage une certaine stratégie de diffusion, une posture vis-à-vis du lectorat et une vision de ce que l’on attend de son propre travail. Le programme kindle unlimited peut représenter une véritable opportunité pour gagner en visibilité et pour faire circuler son livre auprès d’un public que l’on n’aurait sans doute jamais touché autrement. Il permet aussi de générer des revenus complémentaires, certes modestes mais parfois réguliers, à mesure que les pages sont lues. Cette exposition peut créer des ouvertures, susciter des découvertes, parfois même aboutir à des échanges intéressants ou à des retours constructifs. Mais il serait illusoire de penser que cette démarche s’accompagne d’un retour automatiquement positif, constant et gratifiant. Ce n’est pas le fonctionnement du système ni la promesse de la plateforme
Si ce que vous recherchez en priorité, c’est une reconnaissance qualitative, fondée sur une réception attentive et sur des interactions nourries avec un lectorat fidèle et impliqué, alors la logique de kindle unlimited peut s’avérer frustrante. Les lectures y sont souvent partielles, rapides, orientées par des critères de confort immédiat plutôt que par une curiosité profonde ou une volonté de s’immerger dans un univers singulier. L’auteur qui investit du temps et de l’émotion dans son écriture risque parfois de se heurter à une forme d’indifférence mécanique, à des notes froides ou à des commentaires expéditifs qui ne rendent pas justice à la complexité de son travail. Cela peut être décourageant si l’on cherche un retour humain, sensible, engagé. Il faut accepter que dans ce modèle de consommation rapide, la majorité des lecteurs ne liront qu’un fragment, sans vraiment chercher à comprendre l’ensemble
En revanche, si votre objectif est d’élargir votre diffusion, de faire connaître votre nom, de rendre vos textes accessibles au plus grand nombre, et de générer un minimum de revenus en parallèle, alors la bibliothèque kdp constitue une option parfaitement viable. Elle permet de s’inscrire dans une dynamique d’exposition constante, de multiplier les occasions de rencontre avec de nouveaux lecteurs, et parfois, de capter l’attention de quelques-uns qui deviendront peut-être des soutiens sur le long terme. Il ne faut pas sous-estimer l’impact d’un seul lecteur touché au bon moment. Le succès dans l’auto-édition ne repose pas uniquement sur les chiffres ou sur les avis, mais aussi sur cette capacité à tracer peu à peu un chemin personnel, à créer des liens, à persister malgré les fluctuations.
Le plus important reste de garder la tête froide, de ne pas se laisser trop affecter par les comportements erratiques de certains lecteurs ou par la brutalité des retours superficiels. Un lecteur qui feuillette un livre et l’abandonne n’en donne pas une analyse légitime, et ce n’est pas parce qu’un touriste littéraire passe à côté de votre roman qu’il est pour autant dépourvu de valeur. L’auto-édition est une jungle mouvante, un écosystème en constante évolution où il faut apprendre à s’adapter, à encaisser, à rebondir, mais aussi à croire en sa voix. Chaque auteur avance à son rythme, en fonction de ses objectifs, de ses priorités, de son rapport à l’écriture et au public. Ce n’est pas le système qui décide de la qualité de votre livre, mais le regard que vous portez sur votre propre travail et la manière dont vous choisissez de le défendre dans cet espace ouvert mais souvent instable qu’est l’édition numérique contemporaine.

Conclusion : À chacun son chemin

L’auto-édition ouvre un espace de liberté sans précédent, où chaque auteur peut faire entendre sa voix sans passer par les filtres traditionnels de l’édition. C’est une voie exigeante mais pleine de promesses, une manière de prendre en main son destin littéraire tout en apprenant à composer avec les réalités du monde numérique. Elle permet de publier rapidement, de toucher un public international, d’expérimenter des formes nouvelles et d’établir un lien direct avec les lecteurs. Mais elle implique aussi de faire face à des retours imprévisibles, à une concurrence abondante, et à une diversité de regards parfois déconcertante. En tant qu’auteurs indépendants, nous devons accepter que notre œuvre sera lue par des profils extrêmement variés, allant du lecteur passionné, curieux et fidèle, au lecteur plus distrait, désengagé ou simplement égaré dans une offre trop vaste.
Ce qui importe, au fond, c’est de garder confiance en son travail, en sa voix, en son rythme. Continuer d’écrire pour ceux qui comprennent ce que l’on cherche à transmettre, pour ceux qui trouvent dans nos mots un écho à leur propre sensibilité. Il ne s’agit pas de plaire à tout le monde, ni de répondre à toutes les attentes, mais de rester sincère, cohérent et résilient. Quelques avis hâtifs ou injustes ne doivent jamais avoir le pouvoir de remettre en cause une passion construite avec patience et sincérité. La reconnaissance véritable prend du temps, elle se construit livre après livre, rencontre après rencontre, et ne se mesure pas toujours en étoiles ou en commentaires.
Et vous, comment vivez-vous ce parcours d’auteur indépendant ? Mettez-vous vos romans dans la bibliothèque KDP ? Avez-vous déjà été confronté à ces lecteurs qui survolent plus qu’ils ne lisent ? Avez-vous trouvé des soutiens inattendus, des échanges marquants, des retours qui ont compté ? N’hésitez pas à partager votre expérience en commentaire et à faire entendre votre voix dans cette grande aventure littéraire où, finalement, chacun trace son propre chemin.

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LAISSEZ-VOUS EMPORTER DANS CETTE HISTOIRE PROFONDE ET ÉMOUVANTE QUI LAISSE DES TRACES APRÈS LECTURE…. UNE HISTOIRE POIGNANTE QUI MARQUE ET QUESTIONNE, SE PASSANT DANS UN MONDE RURAL ET TRAITANT DES SUJETS AUSSI IMPORTANTS QUE L’HOMOPHOBIE, L’INTOLÉRANCE, LES COMBATS CLANDESTINS, L’AMOUR ET LA PEUR D’AIMER…

Résumé : 

RÉSUMÉ :

Nicolas n’a jamais été comme les autres. Né d’une rencontre sans lendemain, élevé à la dure par un père qui ne l’a jamais accepté, il a appris très tôt à dissimuler ce qu’il est, ce qu’il ressent. Seul Larry, l’ami d’enfance, comprend la sensibilité qui bouillonne en lui. Mais quand la vie à la ferme devient insoutenable, Nico va s’entraîner sans relâche à la boxe pour devenir le meilleur. Et quand les dettes s’accumulent, Nicolas plonge dans un univers addictif pour aider son père financièrement, rejoignant un « Fight Club » et participant à des combats clandestins, brutaux et sans pitié.
Entre amours interdits et combats sauvages, jusqu’où Nicolas ira-t-il pour enfin être vu, aimé, accepté ?

Une histoire sensuelle et bouleversante, où l’amour n’a pas de modèle et où les âmes égarées trouvent parfois leur place là où elles s’y attendaient le moins.

PROLOGUE :

Il faisait encore nuit quand elle est arrivée sur le chemin de terre, avançant à petits pas maladroits, ses chaussures à talons enfoncées dans la boue gluante jusqu’aux chevilles. L’automne venait d’étendre sa brume sur les champs endormis, et le silence du matin n’était troublé que par les grognements lointains des porcs, là-bas, dans le bâtiment sombre derrière la grange.
Elle s’appelait Julie. Dix-huit ans à peine, mais elle en paraissait déjà trente ce matin-là, les yeux bordés de cernes noirs, son mascara formant des traînées sombres sur ses joues pâles et rougies par le vent froid. Elle serrait autour de ses épaules un manteau trop fin pour la saison, avançant comme une ombre perdue sur une terre étrangère.
Julie avait rencontré Luc lors d’un bal de campagne à Saint-Léonard-de-Noblat. Un bal de ceux où la jeunesse oublie sa solitude dans l’alcool, où les vieux tubes de Johnny se mêlent aux rires gras et aux verres remplis à ras bord de whisky bon marché. Luc n’était pas du genre à séduire. Il prenait, sans jamais demander, avec la rudesse des hommes habitués à soumettre la terre et les bêtes. Julie ne s’était pas défendue. Peut-être n’en avait-elle pas eu la force ou l’envie. C’était plus simple de ne rien dire, de laisser les choses arriver.
Cinq mois après, la voilà qui débarquait à la ferme, son ventre déjà arrondi sous son manteau usé, cherchant un abri, espérant que l’enfant qu’elle portait était bien celui de Luc, même si elle n’en était pas totalement certaine. Luc l’avait laissée entrer chez lui, mais il ne lui avait jamais vraiment ouvert sa porte. Elle était là, invisible, tolérée seulement parce qu’elle pouvait encore servir : faire la vaisselle, nourrir les animaux, repasser les chemises qui empestaient la sueur et l’alcool. Parfois, il venait chercher dans son lit ce qu’elle ne refusait jamais, par peur ou par indifférence. Il n’y avait pas de douceur dans ses gestes, pas de chaleur dans ses regards. Rien d’autre que le vide brutal de sa présence.
Le soir où Nicolas est né, un violent orage de mars frappait la ferme, noyant les champs et transformant les chemins en torrents boueux. Julie criait seule, prise dans les douleurs fulgurantes de l’enfantement. Luc, ivre dans l’étable, n’avait appelé ni médecin, ni sage-femme comme si ça ne le concernait pas. C’est une voisine, alertée par les cris paniqués au téléphone de la jeune fille, qui avait couru à travers les champs détrempés pour venir l’aider. Elle avait attrapé l’enfant, coupé le cordon, puis l’avait lavé, enveloppé dans une serviette élimée. « C’est un garçon », avait-elle murmuré d’un air grave, comme si cette vérité allait changer quelque chose au drame silencieux qui se déroulait dans cette chambre obscure. Les secours arrivèrent juste après…
Luc mit deux jours avant d’approcher son fils. Il tournait autour du berceau improvisé, les bras ballants, le regard fuyant, comme un animal sauvage face à quelque chose qu’il ne comprenait pas. Finalement, il s’était penché sur l’enfant, l’air gêné, presque honteux, et avait murmuré :
— On l’appellera Nicolas.
Puis il avait tourné les talons, laissant derrière lui Julie avec ses yeux cernés et Nicolas, dont les petits poings se serraient déjà contre l’indifférence du monde.
Dans les jours suivants, Luc observait l’enfant comme une énigme qui lui résistait. Il ne savait pas quoi faire de ce petit corps fragile, ce corps qui occupait tout l’espace de la ferme avec ses cris, son silence, sa présence encombrante. Julie, elle, attendait que l’amour lui vienne naturellement, qu’il descende dans son cœur et illumine son âme. Mais rien ne venait. Ni chaleur, ni haine. Juste une immense fatigue, un détachement douloureux qu’elle portait chaque jour davantage.
Elle resta encore trois mois. Trois mois à espérer sans succès que Luc changerait, qu’elle-même serait capable d’aimer ce petit être. Trois mois à comprendre que ce lieu n’offrait aucun avenir ni à elle, ni à son fils. Un matin, elle partit, laissant une lettre froissée sur la table de la cuisine. Quelques mots griffonnés à la hâte : « Je suis désolée. Je ne peux pas. Prends soin de lui, si tu peux. Sinon, fais au mieux. Julie. »
Luc ne lut jamais cette lettre. Il savait déjà que ces mots ne changeraient rien. « Prendre soin », c’était un concept qu’il n’avait jamais appris. Comment prendre soin d’un autre quand il était incapable de prendre soin de lui-même ?
Désormais seul avec le bébé, Luc traversa des nuits sans sommeil, assis devant une cigarette, écoutant les pleurs incessants sans bouger, sans réagir, avec cette indifférence terrible qui tue plus sûrement que les coups. Avant que la femme du paysan d’à côté ne prenne en charge ce bébé durant la journée, effrayée par les comportements de Luc.
Il ne haïssait pas Nicolas. C’était pire. Il ne le voyait pas. Ou plutôt, il refusait de le voir. Pour lui, un enfant devait apprendre la dureté du monde dès le berceau. Il fallait devenir fort, résister à la douleur, à la solitude, à l’abandon.
Mais Nicolas était là, vivant malgré tout, malgré le froid, malgré l’absence de caresses et de mots doux. Déjà son corps, même si petit, apprenait à encaisser, à résister. À survivre dans ce silence glacé et ces regards absents, attendant qu’un jour peut-être, quelqu’un lui apprenne enfin ce que voulait dire le verbe « aimer ».L’euphorie des fêtes s’était doucement estompée, laissant place à quelque chose de plus vrai, de plus tangible. 

EXTRAIT :

Nicolas grandit donc dans cette ferme plantée au milieu de nulle part, entre Pierre-Buffière et Saint-Hilaire-Bonneval. Une parcelle de terre battue par les vents, encerclée de haies épaisses et de forêts rudes où les arbres semblaient se courber sous le poids du ciel gris du Limousin. Un lieu silencieux, presque secret, sculpté dans la même matière dure et austère que son père : une terre qui résiste, sèche et difficile à apprivoiser.
Luc ne parlait pas beaucoup. Chaque mot qui sortait de sa bouche était un effort, une douleur ; il donnait ses ordres en mâchant ses phrases avec hargne, comme si chaque syllabe était une écharde coincée au fond de sa gorge. Lorsqu’il regardait son fils, ce n’était jamais directement, jamais franchement. Toujours un coup d’œil rapide, gêné, presque honteux, comme on détourne le regard d’une blessure mal cicatrisée ou d’une pierre coincée dans sa botte, que l’on refuse pourtant d’enlever.
Mais fort heureusement, Nicolas n’était pas complètement seul. Il y avait les Eastwood. Les seuls voisins « non paysans » que Luc tolérait — c’est exactement comme ça qu’il le formulait, comme si leur présence nécessitait de sa part un effort surhumain. Thomas Eastwood, le père, était américain. Il s’était établi dans ce coin isolé par amour pour la région, fasciné par ses paysages accidentés et sa nature sauvage, profitant d’une opportunité professionnelle qui lui permettait de rester discret. Thomas était un homme doux, réservé, avec une voix calme et profonde qui contrastait nettement avec la rudesse locale. Il affichait toujours un sourire simple, authentique, un sourire auquel personne, pas même Luc, ne pouvait réellement résister.
« Un gars pas comme les autres », grognait Luc, laissant planer une ambiguïté étrange. Était-ce un compliment, une critique ? Personne n’aurait su le dire précisément. Mais Thomas, lui, ne se souciait guère de ces nuances. Il restait neutre, toujours à bonne distance. Là où les autres voisins avaient fini par se brouiller avec Luc, embourbés dans des querelles de clôtures, d’argent ou de vieux ressentiments, Thomas avait su trouver le juste milieu. Suffisamment proche pour que Luc le tolère, mais suffisamment distant pour éviter les conflits inutiles. Parfois, il arrivait même qu’il se présente à la ferme, sans prévenir, une bouteille de whisky à la main, comme un passeport discret pour apaiser temporairement la mauvaise humeur permanente du père de Nicolas. Ces rares moments permettaient une sorte de trêve, fragile mais réelle, dans le monde tumultueux de Luc.
Alors, ce dernier lui accordait une place. Minuscule, certes. Mais une place malgré tout.
Nicolas éprouvait toujours une joie sincère, une sorte de soulagement intense lorsque Thomas débarquait à la ferme, même si ces visites se faisaient terriblement rares. À chaque fois qu’il apercevait la silhouette familière de l’Américain s’approcher lentement sur le chemin de terre, quelque chose en lui s’apaisait soudain. La ferme, si vide et si froide habituellement, prenait alors brièvement une teinte plus douce, un air presque chaleureux. La voix posée de Thomas et son sourire discret avaient sur Nicolas l’effet d’un baume miraculeux, capable de calmer ses inquiétudes et ses tristesses accumulées.
La simple présence de cet homme était réconfortante pour lui, comme un souffle d’air frais dans une pièce étouffante. Elle lui rappelait que tous les hommes n’étaient pas forcément comme son père : durs, indifférents et cruels. Thomas représentait tout ce que Luc n’était pas. Il incarnait la patience, la bienveillance silencieuse, l’écoute sans jugement. Et chacune de ses apparitions apportait un peu de légèreté dans le quotidien lourd et pesant du garçon.Mike leva les mains, faussement offensé. 

À découvrir ici en version e-book, papier ainsi que gratuit dans la bibliothèque comme la plupart de nos romans…

Découvrez nos sorties qui cartonnent depuis leur sortie :

NEVADA – À corps perdus

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Yukon – Will, ce qu’on ne sait pas de toi…

Toujours autant populaire cette série de Tom Huxley qui séduit encore autant de lecteurices et nous en sommes très fiers… YUKON 1 & 2 & 3

Jérémie, sportif de haut niveau évoluant en NHL arrive à Montréal, où il loge chez son frère Max et sa femme Brigitte. Après des bagarres à l’entraînement dues notamment à cause de son orientation sexuelle qu’il veut vivre au grand jour, il est suspendu durant des mois par la fédération.

Dylan le meilleur ami de son frère et associé dans leur cabinet de designer est d’accord pour le prendre avec lui dans le Yukon, où il a un magnifique chalet et passe toutes ses vacances là-bas.
Va naître des sentiments entre les deux hommes et un destin commun, Dylan étant père de deux adorables garçons mais cachant un terrible secret. 

S’Wonderful, une série palpitante qui va vous faire voyager et aimer la vie malgré les aléas. Une romance MM de 5 tomes qui va vous permettre de découvrir le parcours de Romain, un homme marqué par les épreuves mais se rappelant sans cesse que l’existence d’un homme est une poussière d’étoile, et qu’il vaut mieux n’en retenir que le merveilleux…      Vous pouvez découvrir les deux premiers tomes passionnants et très émouvants en version e-book, papier ainsi que gratuitement  dans la bibliothèque amazon :  

Publié par Didier Berger auteur

Passionné des mots, Didier Berger a publié plusieurs romans à Paris et en Suisse. Lauréat de concours de nouvelles, il a également publié de nombreux textes et nouvelles dans des revues littéraires, magazines et journaux de France, de Suisse et du Canada. Citoyen du Monde avant tout, grand voyageur, il a parcouru le globe sac à dos à maintes reprises et côtoyé de nombreux peuples et cultures différents, ce qui lui permet d’avoir un esprit d’ouverture fort apprécié. Grand amoureux de la nature, il préfère les grands espaces aux villes.

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