Il y a dans la vie d’un homme un rapport discret mais obsédant avec son pénis. On n’en parle pas dans les repas de famille, on l’évoque rarement entre amis, et pourtant tout s’organise autour de lui, dans l’ombre. C’est le premier organe que l’enfant découvre avec curiosité, le premier objet intime qu’il touche, qu’il observe, sans même comprendre ce qu’il deviendra. Plus tard, il se charge de significations que personne n’avait prévues : mesure d’une virilité, promesse de plaisir, parfois instrument de honte. C’est un compagnon inséparable, à la fois familier et étranger, qu’on ne peut ni oublier ni montrer librement.

Le pénis est comme un miroir. Il reflète nos angoisses, nos désirs, nos fragilités. Certains le contemplent avec fierté, d’autres le jugent sévèrement, beaucoup oscillent entre tendresse et dégoût. On attend de lui qu’il fonctionne toujours, qu’il soit fort, qu’il prouve qu’on est bien un homme, qu’il corresponde aux images de la pornographie et aux blagues de vestiaire. Mais il n’est pas une machine : il se dérobe, il se ferme, il échoue parfois à répondre. Et dans ces moments, il nous rappelle que nous sommes plus vulnérables que nous le croyions.
La culture amplifie ce rapport intime. On nous apprend tôt que la taille compte, que la performance définit la valeur, que le désir masculin est insatiable. Dans les films, les chansons, les publicités, on nous montre que le sexe est conquête, que l’homme doit toujours être prêt, toujours viril, toujours capable. Le pénis cesse d’être une simple partie du corps pour devenir le symbole d’une identité entière. Et plus il est chargé de symboles, plus il est fragile, car il devient le centre de toutes les attentes.
Quand deux hommes se rencontrent, chacun avec son histoire et son rapport à son sexe, l’imaginaire collectif s’emballe. La présence de deux pénis déclenche aussitôt une avalanche de fantasmes. L’amour s’efface, la tendresse disparaît : on ne voit plus que la promesse d’un corps-à-corps, d’une fusion charnelle. Comme si deux hommes ensemble ne pouvaient être qu’une multiplication de pulsions, une scène de débauche. Dans l’œil extérieur, deux sexes masculins s’additionnent en excès, alors qu’ils pourraient simplement se répondre dans la douceur.

Cette vision n’est pas née par hasard. Elle est le produit d’une longue histoire où l’homosexualité masculine a été surveillée, punie, criminalisée. Les relations entre hommes ont longtemps été contraintes de se cacher, de se réfugier dans des lieux clandestins : parcs, toilettes publiques, clubs obscurs. Ces espaces, parce qu’ils étaient secrets, se sont souvent centrés sur le sexe, car il n’était pas possible d’y construire autre chose. La rencontre tendre, le couple visible, la banalité d’un amour partagé n’avaient pas droit de cité. Ainsi, l’homme gay a été réduit à sa sexualité, non parce qu’il s’y limitait, mais parce que la société ne lui offrait pas d’autre langage pour exister.
Les représentations ont ensuite prolongé cette caricature. Au cinéma, à la télévision, dans la littérature, l’homme gay a été souvent dépeint comme un séducteur obsédé, un personnage frivole, un corps disponible. On le montrait rarement comme un mari fidèle, comme un père, comme un ami tendre. On voulait du spectaculaire, du scandaleux, du comique. La figure du gay hypersexuel est devenue un archétype, un cliché si répandu qu’il a fini par paraître naturel. Même lorsque les représentations se sont diversifiées, ce cliché n’a pas disparu : il continue d’orienter le regard, de colorer les perceptions.
Il y a un paradoxe cruel dans cette hypersexualisation. D’un côté, elle invisibilise tout ce qui fait la richesse des vies gays : l’amour, l’amitié, le quotidien, la vulnérabilité. De l’autre, elle finit par peser sur ceux qui la subissent. Être réduit à un sexe, c’est porter un fardeau constant. C’est être regardé non comme un être humain complet, mais comme un corps en quête de plaisir. Certains finissent par se conformer à ce rôle, persuadés que c’est la seule façon d’être désirés. D’autres s’en protègent, au prix parfois d’une solitude accrue. Dans tous les cas, l’étiquette enferme.

Le rapport entre masculinité et sexualité joue ici un rôle central. Dans de nombreuses cultures, la virilité est associée à la conquête, au désir affirmé, à la performance sexuelle. Un homme est jugé par le nombre de ses conquêtes, par la vigueur de ses érections, par la puissance supposée de son organe. Quand deux hommes s’aiment, cette logique se double. Ce ne sont pas seulement deux individus qui se rencontrent, mais deux incarnations de la virilité. Aux yeux du monde, cela ne peut être qu’un choc, une intensité redoublée. La tendresse disparaît derrière le cliché d’une sexualité déchaînée.
Ce regard extérieur s’impose jusque dans les gestes les plus ordinaires. Deux hommes qui se tiennent la main, qui s’embrassent doucement, déclenchent aussitôt des pensées sexuelles dans l’esprit de beaucoup. Là où un couple hétérosexuel peut montrer son affection sans être sexualisé, un couple gay est toujours interprété à travers le prisme du lit. La tendresse devient invisible, parce que la société n’a pas appris à la reconnaître. Ce n’est pas seulement une question de stigmatisation : c’est une question d’imaginaire. Nous ne savons pas encore voir deux hommes s’aimer autrement que par le sexe.
Et pourtant, la réalité contredit cette vision. Les hommes gays vivent des histoires d’amour profondes, des routines partagées, des fidélités parfois longues, des gestes de soin, des silences complices. Ils se disputent, se réconcilient, construisent des foyers, élèvent des enfants, veillent sur leurs amis. Tout ce qui fait la texture d’une vie humaine existe aussi là. Mais cette réalité reste souvent dans l’ombre, parce qu’elle n’intéresse pas ceux qui fabriquent les représentations. Le quotidien n’a pas de valeur spectaculaire. Alors le cliché sexuel continue de dominer.

Il y a aussi une dimension de peur dans cette hypersexualisation. Réduire l’homme gay à une caricature sexuelle, c’est une manière de le tenir à distance. C’est plus simple de dire qu’il est « obsédé » que d’accepter qu’il puisse aimer comme tout le monde. C’est plus rassurant de le voir comme un corps lubrique que de reconnaître en lui un sujet capable de tendresse, de fidélité, d’engagement. L’hypersexualisation fonctionne alors comme un mécanisme de défense collective : elle évite à la société de se confronter à ce que l’amour homosexuel dit de la norme, de la famille, de l’ordre établi.
Mais derrière le cliché, il y a la chair, fragile et sensible. Derrière les blagues, il y a des vies entières. Derrière l’image de la débauche, il y a des matins tranquilles, des peurs, des désirs de douceur. Derrière le fantasme de deux pénis qui s’additionnent, il y a deux personnes qui cherchent à se comprendre. Ce que l’imaginaire refuse de voir, c’est cette humanité partagée, qui dépasse le sexe sans le nier.
On pourrait dire que la société projette sur l’homme gay ses propres obsessions. Elle le voit comme elle a appris à voir le pénis : un instrument de pouvoir, de plaisir, d’excès. Elle lui colle une image de débauche parce qu’elle a peur de voir en lui autre chose : la preuve que l’amour masculin n’est pas limité à la norme hétérosexuelle. L’hypersexualisation n’est pas seulement une caricature : c’est une stratégie. Elle détourne l’attention de ce qui dérange, elle réduit au sexe ce qui pourrait être subversif dans l’amour.
Il faudrait alors réapprendre à regarder. Réapprendre à voir le pénis non comme une caricature de puissance ou de débauche, mais comme une partie du corps parmi d’autres. Réapprendre à voir deux hommes ensemble non comme une multiplication de pulsions, mais comme une rencontre de deux vies. Réapprendre à reconnaître la tendresse là où on ne veut voir que le sexe.

Ce travail de regard ne se fait pas en un jour. Il demande de déconstruire des siècles d’images, de mots, de peurs. Il demande d’accepter que le sexe ne soit pas la seule langue de la vie gay, même s’il en est une composante. Il demande de donner de la place à l’amour, à la tendresse, à l’ordinaire, dans les représentations et dans nos esprits.
Au fond, l’hypersexualisation des hommes gays n’est pas une vérité : c’est une loupe qui déforme. Elle agrandit une partie de la réalité et efface tout le reste. Elle fait croire que l’homme gay n’est que son sexe, alors qu’il est aussi ses gestes, ses paroles, ses silences, ses rêves, ses peurs. Elle fait croire que deux pénis signifient forcément débauche, alors qu’ils peuvent signifier simplement amour.
Et si nous commencions à écrire un autre récit ? Un récit où le pénis n’est plus une cage, mais un compagnon parmi d’autres. Un récit où l’homme gay n’est plus réduit à sa sexualité, mais reconnu dans son humanité entière. Un récit où l’on peut voir deux hommes s’aimer sans aussitôt penser au lit. Ce récit existe déjà, dans les vies, dans les cœurs, dans les gestes. Il ne manque que le regard qui accepte de le voir.
Tom Huxley

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LAISSEZ-VOUS EMPORTER DANS CETTE HISTOIRE PROFONDE ET ÉMOUVANTE QUI LAISSE DES TRACES APRÈS LECTURE…. UNE HISTOIRE POIGNANTE QUI MARQUE ET QUESTIONNE, SE PASSANT DANS UN MONDE RURAL ET TRAITANT DES SUJETS AUSSI IMPORTANTS QUE L’HOMOPHOBIE, L’INTOLÉRANCE, LES COMBATS CLANDESTINS, L’AMOUR ET LA PEUR D’AIMER…

Résumé :
RÉSUMÉ :
Nicolas n’a jamais été comme les autres. Né d’une rencontre sans lendemain, élevé à la dure par un père qui ne l’a jamais accepté, il a appris très tôt à dissimuler ce qu’il est, ce qu’il ressent. Seul Larry, l’ami d’enfance, comprend la sensibilité qui bouillonne en lui. Mais quand la vie à la ferme devient insoutenable, Nico va s’entraîner sans relâche à la boxe pour devenir le meilleur. Et quand les dettes s’accumulent, Nicolas plonge dans un univers addictif pour aider son père financièrement, rejoignant un « Fight Club » et participant à des combats clandestins, brutaux et sans pitié.
Entre amours interdits et combats sauvages, jusqu’où Nicolas ira-t-il pour enfin être vu, aimé, accepté ?
Et notre série d’été que nous vous conseillons pour passer un agréable moment :
Collection Beach Boys
Toujours autant populaire cette série de Tom Huxley qui séduit encore autant de lecteurices et nous en sommes très fiers… YUKON 1 & 2 & 3

Jérémie, sportif de haut niveau évoluant en NHL arrive à Montréal, où il loge chez son frère Max et sa femme Brigitte. Après des bagarres à l’entraînement dues notamment à cause de son orientation sexuelle qu’il veut vivre au grand jour, il est suspendu durant des mois par la fédération.
Dylan le meilleur ami de son frère et associé dans leur cabinet de designer est d’accord pour le prendre avec lui dans le Yukon, où il a un magnifique chalet et passe toutes ses vacances là-bas.
Va naître des sentiments entre les deux hommes et un destin commun, Dylan étant père de deux adorables garçons mais cachant un terrible secret.
S’Wonderful, une série palpitante qui va vous faire voyager et aimer la vie malgré les aléas. Une romance MM de 5 tomes qui va vous permettre de découvrir le parcours de Romain, un homme marqué par les épreuves mais se rappelant sans cesse que l’existence d’un homme est une poussière d’étoile, et qu’il vaut mieux n’en retenir que le merveilleux… Vous pouvez découvrir les deux premiers tomes passionnants et très émouvants en version e-book, papier ainsi que gratuitement dans la bibliothèque amazon :