L’édition à l’ère du rendement : pourquoi les grandes maisons n’osent plus publier les nouveaux auteurs

Il fut un temps, pas si lointain, où la littérature était encore une affaire d’audace, de découvertes, et où les éditeurs, nourris d’ambition artistique autant que de stratégie commerciale, prenaient le risque de publier de jeunes auteurs inconnus, simplement parce qu’ils croyaient à la force d’un manuscrit. Aujourd’hui, le paysage littéraire semble s’être durci, rationalisé, industrialisé.

Les chiffres sont implacables : les grandes maisons d’édition publient de moins en moins de véritables primo-romanciers, et quand elles le font, la sortie de ces ouvrages passe souvent sous les radars, noyée sous la communication massive dédiée aux « produits sûrs » : livres de célébrités, d’influenceurs, d’humoristes, d’acteurs, voire d’hommes et femmes politiques.
Pourquoi cette réticence à prendre des risques ? Pourquoi la voix neuve d’un auteur ou d’une autrice inconnu(e) peine-t-elle aujourd’hui à franchir les murs d’un comité éditorial ? Derrière ces questions se cachent de multiples causes, mais une explication domine toutes les autres : l’édition, comme bien d’autres secteurs, est désormais sous la coupe du rendement, de la rentabilité immédiate, et d’une gestion à courte vue dictée par la pression des actionnaires.

La dictature du rendement et l’obsession du « best-seller »

L’édition est devenue une industrie comme les autres
Il est illusoire de croire que les maisons d’édition françaises sont toutes des bastions de résistance romantique voués uniquement à la défense de la littérature. La réalité, c’est que la plupart des grands groupes sont désormais rattachés à des conglomérats ou à des fonds d’investissement (Hachette appartient à Lagardère, qui vient d’être acquis par le géant Vivendi ; Editis appartient au milliardaire Daniel Kretinsky, etc.).
Or, quand le capital entre dans la danse, la logique est simple : ce n’est plus la littérature qui dicte les choix, mais le bilan comptable. Les grandes maisons n’échappent pas à la règle : elles doivent, chaque année, dégager de la marge, faire mieux que l’exercice précédent, rassurer les investisseurs. Cette contrainte se répercute directement sur la politique éditoriale.
Le jeune auteur : un risque difficilement « rentable »
Qu’offre un primo-romancier ou une primo-romancière à une maison d’édition ? Un risque. Son nom n’est pas connu. Son audience n’est pas constituée. Son potentiel de ventes est hautement incertain, même si la qualité littéraire est indéniable. Pire : publier un inconnu demande du temps, de l’argent, de l’accompagnement, parfois sur plusieurs livres, avant que le public ne le découvre.
À l’inverse, une star du cinéma, de la télévision ou une influenceuse d’Instagram apporte avec elle un capital audience : des milliers, voire des millions de followers prêts à acheter par curiosité ou par fidélité. Pour les éditeurs, le calcul est vite fait : la certitude de vendre 20 000 exemplaires sans effort contre l’incertitude d’en écouler 1 000 d’un auteur inconnu. Dans un monde soumis à la pression financière, c’est toujours la sécurité qui l’emporte.

La pression des actionnaires et la peur de perdre

Quand l’actionnariat dicte l’éditorial
Autrefois, des éditeurs comme Paul Otchakovsky-Laurens (P.O.L) ou Françoise Nyssen (Actes Sud) faisaient de leur maison un espace de liberté, de prise de risque et de découverte. Aujourd’hui, nombre de grandes maisons sont tenues de présenter chaque année un compte d’exploitation positif. L’édition est devenue une case dans un tableau Excel.
Les éditeurs ne sont plus seulement des découvreurs de talents ; ils sont devenus des gestionnaires de risque. Et un risque qui ne garantit pas un retour sur investissement rapide est mécaniquement écarté. On publie donc peu de nouveaux auteurs ou, quand on le fait, c’est sans déployer l’arsenal promotionnel réservé aux têtes d’affiche.
Le marketing avant le texte
Les équipes marketing sont désormais impliquées très tôt dans le processus éditorial. On entend souvent dans les comités : « Comment allons-nous le vendre ? À qui ? Quel sera le pitch ? ». Mais pour un auteur inconnu, sans actualité people ni public constitué, difficile d’obtenir des réponses rassurantes. Le marketing préfère donc investir ses moyens dans des titres dont la cible est déjà connue : les fans de télé-réalité, les abonnés d’une Youtubeuse, les lecteurs d’un chroniqueur célèbre.
Ce n’est pas de la littérature qu’on évalue, mais la capacité de conversion en chiffre d’affaires. Ce n’est pas une caricature, c’est un constat largement partagé dans le milieu.

Quand la littérature devient un produit

La « starification » de l’objet livre
Aujourd’hui, le livre est souvent envisagé comme un produit de divertissement parmi d’autres. En témoignent les pléthores de « projets éditoriaux » montés autour de célébrités : romans, autobiographies, livres de développement personnel, recueils de pensées, etc.
Cette tendance, parfois qualifiée de starification de l’édition, est largement encouragée par les médias traditionnels, eux-mêmes soumis à la dictature de l’audience. À la télévision ou à la radio, un inconnu a peu de chance d’obtenir un passage ; une personnalité connue, même pour parler d’un livre médiocre, sera invitée. L’exposition médiatique est alors réservée à ces livres pré-vendus.
L’effet d’éviction pour les « vrais » écrivains
Pendant ce temps, les écrivains professionnels, ceux qui écrivent par nécessité, par vocation, avec un projet esthétique, voient leur espace se restreindre. Les « rentrées littéraires » sont toujours aussi nombreuses en titres (souvent plus de 500 romans français à l’automne), mais avec de plus en plus de deuxième, troisième ou quatrième romans d’auteurs installés, souvent publiés « à bas bruit » faute de budget promotionnel.
Quant aux primo-romanciers, ils sont publiés, souvent, mais de façon discrète, presque honteuse, sans budget, sans mise en avant, souvent voués à l’oubli dès la sortie.

Un autre fléau : la « flemme éditoriale » et l’effet d’appel d’air des célébrités

Le syndrome du « tout le monde veut écrire »
Jamais il n’y a eu autant de manuscrits envoyés aux maisons d’édition. Tous les comités sont débordés, saturés. Et dans ces milliers de textes, il faut bien l’avouer, une majorité est d’une qualité insuffisante. Pourtant, au lieu de chercher dans cette masse les quelques perles, certains éditeurs préfèrent, par pragmatisme ou par lassitude, se tourner vers des projets faciles à packager : un tel veut écrire un roman, tel humoriste a une idée de recueil, telle influenceuse veut raconter sa grossesse.
L’industrie culturelle suit la logique du « tout le monde veut écrire », tant que ces « tout le monde » disposent d’une audience. L’énergie investie à accompagner un inconnu est bien plus coûteuse qu’un contrat clé en main avec une personnalité déjà bankable.
Le prix de cette flemme
Ce comportement a un prix : l’appauvrissement progressif du paysage littéraire général. Moins de diversité, moins d’audace, moins d’émergence. Le public, parfois sans même en être conscient, ne lit plus qu’une littérature « validée » par le marketing, l’audience préalable ou le potentiel commercial supposé.
Les éditeurs indépendants résistent encore, mais avec des moyens bien moindres que ceux des groupes industriels.

Quelques chiffres significatifs

  • En 2022, selon le Syndicat national de l’édition, moins de 5 % des primo-romanciers ont dépassé les 1 500 exemplaires vendus.
  • Les meilleures ventes de littérature sont souvent dominées par des livres signés par des célébrités, influenceurs ou journalistes médiatiques.
  • Selon Livres Hebdo, plus de 75 % du chiffre d’affaires de la fiction est réalisé par moins de 15 % des titres.
  • Sur 500 romans français publiés lors de la rentrée littéraire 2023, moins de 60 étaient des primo-romans.

Un horizon bouché ? Pas tout à fait

Non, tout n’est pas perdu. Mais l’édition contemporaine est confrontée à une vraie crise de sens. Tant que les logiques de rendement primeront sur les logiques littéraires, la prise de risque restera marginale. Et tant que la parole sera donnée, médiatiquement, presque exclusivement à ceux qui l’ont déjà, les jeunes auteurs devront ruser, persister, résister.
Cependant, de nombreux éditeurs indépendants (La Peuplade, Le Tripode, Verdier, P.O.L, Les Éditions de Minuit) continuent de publier des textes forts, souvent passés sous silence dans les médias dominants, mais portés par une vraie ambition littéraire.
L’avenir du roman, paradoxalement, repose peut-être plus que jamais sur ces marges. Là où le risque n’est pas un obstacle, mais une nécessité.
Car la littérature, pour continuer à vivre pleinement, ne pourra jamais se contenter d’être rentable. Elle doit être, avant tout, inattendue, vivante, et surtout, libre.
Pour toutes ces raisons, et d’ailleurs, de nombreux écrivains accomplis ont suivi la tendance, l’auto-édtion permet une liberté bien plus grande… D’ailleurs, si vous lisez ceci, vous êtes sans doute auto-publié/e et ce n’est pas une si mauvaise chose, qu’en pensez-vous ?

Et vous, qu’en pensez-vous ? 🚀📖✨ Comment voyez-vous la chose ? Aimeriez-vous faire partie d’une ces grandes maisons d’éditions ? Pensez-vous y être mieux traité(e qu’une petite maison ? Vendre plus que lors de l’auto-publication de vos romans ?

Toujours autant populaire cette série de Tom Huxley qui séduit encore autant de lecteurices et nous en sommes très fiers… YUKON 1 & 2 & 3

Jérémie, sportif de haut niveau évoluant en NHL arrive à Montréal, où il loge chez son frère Max et sa femme Brigitte. Après des bagarres à l’entraînement dues notamment à cause de son orientation sexuelle qu’il veut vivre au grand jour, il est suspendu durant des mois par la fédération.

Dylan le meilleur ami de son frère et associé dans leur cabinet de designer est d’accord pour le prendre avec lui dans le Yukon, où il a un magnifique chalet et passe toutes ses vacances là-bas.
Va naître des sentiments entre les deux hommes et un destin commun, Dylan étant père de deux adorables garçons mais cachant un terrible secret. 

@écueiléditions https://assocecueileditions.com/

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Publié par Didier Berger auteur

Passionné des mots, Didier Berger a publié plusieurs romans à Paris et en Suisse. Lauréat de concours de nouvelles, il a également publié de nombreux textes et nouvelles dans des revues littéraires, magazines et journaux de France, de Suisse et du Canada. Citoyen du Monde avant tout, grand voyageur, il a parcouru le globe sac à dos à maintes reprises et côtoyé de nombreux peuples et cultures différents, ce qui lui permet d’avoir un esprit d’ouverture fort apprécié. Grand amoureux de la nature, il préfère les grands espaces aux villes.

Un avis sur « L’édition à l’ère du rendement : pourquoi les grandes maisons n’osent plus publier les nouveaux auteurs »

  1. Tellement juste… je ne crois pas, par expérience et celles d’autres autrices et auteurs que je connais que toutes les expériences en maison d’éditions soient bonnes… En tous les, moi, je suis heureux et ne l’ai jamais autant été depuis que j’ai rejoint ce projet un peu fou à la base, d’Ecueil Editions… Au moins, il n’y a pas tromperie sur la marchandise et quel soutien de la part de l’équipe….

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