Ces personnages qui nous traversent


Ou lorsque écrire, c’est aussi apprendre à aimer autrement

Comme vous le savez déjà, chez Écueil Éditions, nous portons haut et fort les valeurs de la différence, de l’authenticité et de la liberté d’être. Mais derrière ces engagements, aussi sincères soient-ils, se cache un terrain moins visible à l’œil nu : celui des personnages.
Ceux que nous écrivons.
Ceux qui naissent sous nos doigts.
Ceux qui nous hantent parfois plus que nous ne l’osons l’admettre.
Et s’il est une chose qui me touche profondément dans cette aventure collective que nous partageons depuis bientôt cinq ans, c’est bien la façon dont nous parlons de nos personnages entre nous, les auteurs de cette belle maison. Lors de nos visios, de nos appels, ou des moments plus rares mais précieux où nous sommes réunis autour d’une table, c’est souvent d’eux qu’il est question.
Pas juste de la structure du roman, du rythme ou du genre.
Mais d’eux.
Des êtres qu’on a inventés, mais qui, très vite, prennent vie au point de nous précéder.

Quand un personnage devient une rencontre

Je me rends compte qu’au fil des romans, je ne crée pas des personnages comme on aligne des figurines dans une vitrine, mais comme on rencontre des gens. Il y a des coups de foudre. Des amitiés lentes à naître. Des liens complexes. Parfois des malentendus. Il arrive même que certains me résistent, me contredisent, refusent de se plier à mon idée de départ. Et c’est tant mieux.
Prenez Jérémie et Dylan, dans la série Yukon : ils ne sont pas seulement flamboyants, ils ont leur propre tempo, leur propre langue intérieure. Ils m’ont dérouté, ému, porté. Et dans les longues discussions avec les autres auteurs, j’ai compris pourquoi : ils venaient me chercher là où je ne m’attendais pas.
Ou Larry et Nicolas, dans le roman si bouleversant « Larry » de Neil Wood, Louis et Maël, dans Demain m’appartiendra, ce magnifique témoignage de Didier Berger sur la résilience par la différence.
Ou encore Léo, Rogue et Tork, personnages fantastiques nés de l’imaginaire de Kiplin Hendersen, mais animés d’une humanité si brute, si intense qu’ils en deviennent presque plus réels que des passants dans la rue.

Un personnage bien écrit n’est pas « inventé », il est entendu

Ce que je veux dire ici, c’est que nous ne créons pas nos personnages dans le vide. Nous les écoutons. Nous les façonnons à notre image, oui, bien sûr, mais aussi à l’image du monde que nous portons en nous, du monde que nous observons, que nous aimerions réparer, réinventer ou simplement faire exister autrement.
Et c’est pour cela que nous en parlons autant entre nous.
Parce qu’un personnage, ce n’est pas une idée abstraite.
C’est une construction d’émotions. Une alchimie de blessures et de forces. Une énigme parfois.
Et pour que cela sonne juste, pour que le lecteur n’ait pas l’impression de lire un pantin de mots, il faut de la cohérence. De la vérité. De la profondeur.
Alors, nous débattons. Nous corrigeons. Nous posons des questions étranges :
« Est-ce que tu crois qu’il aurait vraiment dit ça, à ce moment-là ? »
« Est-ce qu’elle pleurerait ou est-ce qu’elle rirait, face à ce genre de trahison ? »
« Son passé, tu l’as pensé comment ? Ça expliquerait cette froideur qu’il a avec son frère… »

La psychologie des personnages : un terrain sacré

Dans tous les genres littéraires, y compris la Fantasy — et peut-être encore plus là — l’aspect psychologique des personnages est fondamental. Car si l’univers est étrange, si les lois sont autres, alors le lecteur s’accroche au seul point d’ancrage possible : l’humain.
Oui, même si vos héros sont des vampires, des sorcières, des loups-garous ou des robots télépathes. Ce que l’on veut lire, c’est leur vérité intérieure.
On ne peut pas tricher avec cela.
Ou alors, le lecteur le sentira. Il décroche. Il lit, mais ne ressent rien. Et cela, pour moi, c’est l’échec ultime d’un roman.

L’émotion, c’est ce qui reste quand tout s’efface

J’ai lu des textes aux intrigues bancales mais aux personnages bouleversants. J’ai lu des chefs-d’œuvre de structure narrative mais dont les héros m’ont laissé froid. Et j’en tire une leçon :
Ce qu’on retient d’un livre, ce sont les émotions.
Et ces émotions viennent d’un lien.
Un lien entre lecteur et personnage.
Un lien qui ne peut se créer que si l’auteur, lui-même, a aimé profondément ses créatures de papier.
Nous mettons beaucoup de minutie à les façonner. Et cette minutie n’est pas une obsession vaine. Elle est nécessaire. Car un personnage, c’est comme une mélodie : si une seule note sonne faux, toute la partition s’en trouve bancale.

Les incohérences : ces grains de sable qui bloquent la magie

C’est pour cela que nous faisons relire nos textes. Que nous parlons des moindres détails. Que nous soulevons parfois des invraisemblances qui peuvent sembler anecdotiques, mais qui ne le sont pas.
Un personnage qui arrive en cabriolet vert pomme au chapitre 3 et le retrouve rouge au chapitre 15 ?
Un prénom qui change sans raison ?
Une relation amoureuse qui évolue sans transition, juste parce que l’auteur l’a décidé ?
Ce sont des brèches. Des cassures. Des rappels que ce n’est qu’une fiction.
Et nous voulons, nous, que nos lecteurs oublient que c’en est une.
Nous voulons qu’ils y croient, qu’ils vibrent, qu’ils tremblent, qu’ils pleurent ou qu’ils rient.
Et cela passe par un respect absolu pour nos personnages.

Une vérité à défendre : celle de l’altérité

Ce que nos personnages disent du monde, souvent, c’est ce que nous n’osons pas toujours crier nous-mêmes.
Ils parlent de différences.
De sexualité, de genre, de marginalité, de fragilité, de survie.
Ils parlent de ce qui nous rend humains, et parfois vulnérables.
Mais au fond, ils parlent surtout d’altérité.
Et c’est peut-être le plus grand pouvoir de la littérature : nous habituer à l’altérité.
À l’idée que l’autre ne nous ressemble pas… et que c’est très bien ainsi.
À l’idée que l’on peut aimer, comprendre, soutenir un être qui ne partage rien de notre histoire, de notre peau, de notre passé, mais qui nous touche profondément.
Et c’est en cela que nos romans, même les plus fantastiques, sont profondément politiques, au sens noble du terme.
Ils défendent une vision du monde où chaque voix compte, même la plus étrange, la plus abîmée, la plus silencieuse.

Alors pourquoi écrivons-nous ?

Sans doute pour tenter de dire ce qui ne se dit pas ailleurs.
Pour que quelqu’un, quelque part, ouvre un livre et se sente moins seul.
Pour qu’un adolescent qui doute tombe sur un personnage et se dise : « Moi aussi, je suis comme ça. »
Pour que nos propres douleurs trouvent un exutoire, une résonance, une transformation.
Nous écrivons parce que ces personnages nous choisissent, parfois, pour les faire exister.
Et notre travail, c’est de ne pas les trahir.
Chez Écueil, nous faisons le choix de les écouter.
De leur laisser le dernier mot, même si cela bouleverse notre plan initial.
Parce qu’au fond, ils sont bien plus que des inventions.
Ils sont des fragments d’humanité, et peut-être même, parfois, nos parts les plus justes.
Et vous ?
Et vous, lecteurs, lectrices, auteurs, rêveurs, quelles sont ces figures de fiction qui vous ont traversés ?
Celles qui vous ont laissé un goût d’encre dans le cœur ?
Celles qui vous ont appris à vous aimer mieux, ou différemment ?
Quels sont ces personnages que vous n’avez jamais oubliés ?
Et surtout, si vous écrivez :
Les écoutez-vous vraiment ? Ou leur imposez-vous ce que vous voulez qu’ils soient ? Dites-nous lesquels/lles vous ont le plus touchés et pourquoi… Présentez-nous l’un ou vos personnages…

Laissez-nous vous parler de nos personnages vous ayant le plus marqué au vu de vos retours :

UN LIVRE QUI PARLE TRÈS BIEN DE LA DIFFÉRENCE ET QUE JE NE PEUX QUE VOUS CONSEILLER… Découvrez ce roman dépaysant et sexy se pensant en Écosse…

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Publié par tomhuxleyauteur

Enfant, j'imaginais déjà des histoires pleines de personnages hauts en couleurs, que je racontais à tous ceux qui croisaient ma route. Depuis lors, j'ai fait évoluer mes récits, les rendant plus complexes, et les partageant ainsi avec un public plus large. En tant que narrateur, je tire profit de mon imagination et mon sens créatif pour raconter des histoires captivantes et divertissantes. C'est tout naturellement que je me suis porté vers l'érotisme et la sensualité. Sans tomber dans la vulgarité je préfère la poésie plutôt que d'être trop explicite. Même si de nombreuses scènes torrides vous feront à n'en pas douter, avoir des sueurs. Je décris les désirs sexuels comme des personnages à part entière et je les laisse évoluer au gré des situations.

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