L’autre

Pour un enfant, ne pas entendre son prénom dans la bouche de son parent, c’est comme disparaître un peu à chaque fois. Le prénom, c’est le premier miroir qu’on nous tend : il nous situe, il nous reconnaît, il nous confirme. Quand ce miroir reste vide, on apprend très tôt à douter de sa valeur. On se demande, dans un langage encore balbutiant, ce qu’on a fait pour mériter une telle invisibilité. Le monde intérieur se peuple alors de questions sans réponse, de tentatives maladroites pour attirer un regard, un mot, une preuve qu’on appartient vraiment.

Et puis, avec le temps, ce pronom-là façonne une manière d’exister. On apprend à se faire petit, à deviner les besoins des autres avant les siens, à chercher la légitimité dans le silence ou la performance. On devient habile à ne pas déranger, on devient expert dans l’art de ne pas prendre trop de place. Car si on n’est que « l’autre », on ne peut pas réclamer le droit d’exister pleinement.

Ce choix, car c’en est un, de ne pas nommer son enfant par son prénom, est une violence subtile mais dévastatrice. Que peut-il y avoir derrière un tel acte ? Peut-être une peur de l’intimité, une crainte de se laisser toucher par l’amour et par la vulnérabilité qu’il implique. Nommer, c’est reconnaître, c’est créer un lien, c’est accepter d’être lié. En refusant ce lien, un père peut avoir cherché à se protéger de ses propres manques, de ses propres failles, de ce qu’il ne savait pas donner. Mais le mur qu’il a érigé pour se préserver a brisé autre chose : la confiance et l’estime de soi de celui qu’il appelait « l’autre ».

Une fois adulte, on découvre les traces laissées par ce mot dans la manière dont on aime, dont on se montre au monde. On hésite à être vu, on craint l’abandon, ou au contraire on cherche frénétiquement à prouver qu’on mérite d’être nommé, choisi, regardé. On réalise alors que « l’autre » n’était pas qu’un mot : c’était un rôle, un costume cousu sur la peau et parfois difficile à retirer. Il faut du temps pour comprendre que cette distance ne disait rien de notre valeur, mais tout de la sienne, de son incapacité à aimer ou à se dévoiler.

Et pourtant, face à cette violence, il peut surgir une forme de résilience. Apprendre à se nommer soi-même, à choisir son propre vocabulaire pour parler de qui l’on est, c’est une victoire immense. C’est refuser que ce pronom réducteur continue à définir nos contours. C’est comprendre que ce « l’autre » ne parle pas de nous, mais de lui, de son incapacité à aimer ou à se montrer vulnérable. Et dans cette lumière, on peut choisir de transformer cette douleur en force, d’en sourire même, pour alléger ce fardeau.

C’est comprendre que si nous avons été « l’autre » pour quelqu’un, cela ne signifie pas que nous devons le rester pour nous-mêmes. Alors quelque chose se redresse : la dignité, la pudeur, la tendresse envers l’enfant que nous avons été.

Car au fond, cette distance n’était peut-être pas un rejet de l’enfant, mais une fuite face à ce que l’amour exige. Aimer, c’est s’ouvrir, ressentir, se dévoiler, offrir au monde ce qu’on a de plus fragile. Beaucoup n’en ont pas la force. Et là réside peut-être la plus grande leçon : refuser d’hériter de cette peur. Oser aimer et se laisser aimer, ne jamais réduire quelqu’un à « l’autre », mais lui offrir la dignité d’un prénom, d’un regard, d’un intérêt, d’une reconnaissance pleine et entière. C’est ainsi que l’on rend justice non seulement à l’enfant que l’on était, mais aussi à l’adulte que l’on choisit de devenir.

Grandir sous un pronom impersonnel, être appelé « l’autre » par celui qui aurait dû être une source de reconnaissance et d’amour, c’est vivre avec une blessure invisible, un poids dont on ne mesure la gravité qu’une fois adulte. Ce mot, si banal en apparence, devient une barrière, une distance imposée. Être « l’autre », c’est être nié dans son unicité, dans son humanité même. Quand un enfant n’entend pas son prénom dans la bouche de son parent, il apprend à douter de sa valeur, à se demander ce qu’il a fait pour mériter cette invisibilité.

Ce choix, car c’en est un, de ne pas nommer son enfant par son prénom, est une violence subtile mais dévastatrice. Que peut-il y avoir derrière un tel acte ? Peut-être une peur de l’intimité, une crainte de se laisser toucher par l’amour et la vulnérabilité qu’il implique. Nommer, c’est reconnaître, c’est créer un lien. En refusant ce lien, un père peut avoir cherché à se protéger de ses propres émotions, de ses propres failles. Mais ce mur qu’il a érigé pour se préserver a brisé autre chose : la confiance et l’estime de soi de celui qu’il appelait « l’autre ».

Didier Berger

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Résumé : 

RÉSUMÉ :

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Publié par Didier Berger auteur

Passionné des mots, Didier Berger a publié plusieurs romans à Paris et en Suisse. Lauréat de concours de nouvelles, il a également publié de nombreux textes et nouvelles dans des revues littéraires, magazines et journaux de France, de Suisse et du Canada. Citoyen du Monde avant tout, grand voyageur, il a parcouru le globe sac à dos à maintes reprises et côtoyé de nombreux peuples et cultures différents, ce qui lui permet d’avoir un esprit d’ouverture fort apprécié. Grand amoureux de la nature, il préfère les grands espaces aux villes.

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