MON MANUEL À MOI – Héros de ma duologie « FIGHTING… »

Mon Manuel à moi

Lorsqu’on écrit, que ce soit de la fiction, de la fantasy, du thriller ou même de la science-fiction, il y a toujours une part de nous qui finit par se glisser entre les lignes. Une peur. Un souvenir. Une colère. Une rencontre. Quelque chose qui nous accompagne bien après avoir refermé l’ordinateur. Même dans la science-fiction.

Je me réjouis d’ailleurs de bientôt vous présenter mon prochain roman SF, qui sera probablement le plus sexy de tous ceux que j’ai écrits.

Mais aujourd’hui, j’aimerais parler de Manuel.

Maintenant que Fighting est terminé, je peux le dire : Manuel n’est pas aussi fictionnel qu’on pourrait le croire.

J’ai connu un Manuel. Mon « Manuel ».

J’étais très jeune. Lui aussi.

Ce n’était pas la même ville. Pas la même histoire. Pas les mêmes événements. Mais il y avait cette même violence de fond. Ces mêmes quartiers où la drogue circulait plus facilement que l’espoir. Cette même homophobie familiale qui transforme parfois une maison en terrain miné. Cette même boxe pratiquée moins par passion que pour encaisser quelque chose qu’on ne savait pas nommer.

Et il y avait moi, au milieu.

Moi qui ne comprenais pas toujours pourquoi cet homme que j’aimais semblait parfois se battre davantage contre lui-même que contre le reste du monde.

Nous ne nous voyons plus aujourd’hui. La vie nous a emmenés ailleurs. Mais je pense qu’il se reconnaîtra sans doute dans certaines émotions du livre. Pas dans les faits. Pas dans l’histoire. Je ne raconte pas notre histoire. Je me suis simplement servi d’elle comme on utilise une braise pour allumer un feu différent.

Ce qui m’intéressait n’était pas ce que nous avions vécu, mais ce que tant d’autres vivent encore. Car le véritable sujet de Fighting n’est ni la boxe ni même l’amour, même s’ils prennent une grande place dans cette histoire. C’est ce que certaines familles peuvent faire à un enfant. Le mécanisme de destruction et d’autodestruction qu’elles peuvent engendrer.

Depuis toujours, quelque chose me révolte profondément : cette idée selon laquelle les parents seraient naturellement du côté de leurs enfants. Bien sûr que beaucoup le sont. Et heureusement. Mais pas tous.

Il existe encore aujourd’hui des pères capables de briser un fils parce qu’il est différent. Des mères capables de détourner les yeux pour préserver une paix de façade. Des familles entières qui préfèrent sacrifier un enfant plutôt que remettre en question leurs certitudes.

Ce qui me trouble le plus, ce n’est même pas la violence. La violence existe. Elle a toujours existé. Ce qui me trouble, c’est la facilité avec laquelle certains adultes parviennent à la justifier. Comme s’ils étaient persuadés d’agir pour le bien. Comme si humilier, rejeter ou détruire pouvait devenir une preuve d’amour.

Je crois profondément qu’il existe peu de blessures plus terribles que celles infligées par les personnes qui étaient censées nous protéger. Parce qu’elles modifient notre regard sur le monde. Parce qu’elles nous apprennent à nous méfier de la tendresse. Parce qu’elles nous convainquent parfois que nous devons mériter l’amour au lieu de simplement le recevoir.

Et c’est précisément ce que j’ai voulu raconter avec Manuel.

Pas un héros. Pas un modèle. Juste un homme blessé qui tente de survivre avec ce qu’on lui a laissé.

Un homme qui se trompe. Qui chute. Qui fait souffrir ceux qu’il aime. Mais qui refuse malgré tout de renoncer complètement à lui-même.

Au fond, Fighting est peut-être un roman sur l’amour. Mais c’est surtout un roman sur les conséquences. Les conséquences de ce que l’on dit à un enfant. De ce qu’on lui refuse. De ce qu’on lui fait croire sur lui-même.

Et si ce livre porte un message, ce n’est peut-être pas celui que l’on croit.

On parle souvent de résilience comme d’une qualité admirable. Comme si certaines personnes naissaient plus fortes que d’autres. Je n’y crois pas.

Je crois surtout qu’il existe des blessures que personne ne devrait avoir à surmonter. Aucun enfant ne devrait passer sa vie à réparer ce que ceux qui étaient censés l’aimer ont détruit en lui. Et pourtant, certains y parviennent. Lentement. Difficilement. Parfois au prix de sacrifices.

Manuel est l’un d’eux.

Et c’est sans doute pour cela que, parmi tous les personnages que j’ai écrits, il restera longtemps l’un de ceux que j’aurai le plus de mal à quitter.

Tom Huxley

Je vous invite à lire le résumé et des extraits pour découvrir cette histoire…

C’est avec beaucoup d’émotion que nous vous présentons aujourd’hui la sortie du nouveau roman de Tom Huxley : FIGHTING – LOVER AND SHAME...
Un livre publié en version e-book, ainsi que gratuitement dans la bibliothèque KDP sur amazon, afin que vous puissiez profiter pleinement de votre liseuse sur la plage ou ailleurs… La version papier arrive début juillet…
Dans ce roman, vous allez adorer Manuel et John, et tant d’autres personnages aussi touchants… Mais vous allez aussi en détester d’autres, car le sujet fort de cette histoire risque de vous mettre KO.
Dans cette histoire, vous allez être touchés/es par Manuel bien sûr, et encore plus par John… Deux hommes très différents qui se rencontrent à une période charnière pour Manuel. Vous allez vivre des moments pleins de sensualité et de tendresse…. Mais surtout, des moments pleins d’émotions… ainsi que des moments rageants… Car la dureté du père de Manuel risque de vous ébranler… Dans un Chicago loin des cartes postales, Manuel va vous entrainer dans son parcours de vie chaotique et lumineux en même temps. Une recherche de l’estime de soi qui va passer par toutes sortes de situations. OU comment le mécanisme de la mésestime parentale fait son travail et amène un garçon à douter de lui au point de se renier… Heureusement, il y a toujours dans la vie des phares dans la nuit. Des mains tendues qui ne demandent qu’à nous guider…
Je vous laisse avec Manuel et John, deux hommes qui ne pensaient pas en se rencontrant, vivre une telle histoire… lorsqu’ils se voient pour la première fois, ils ressentent le même trouble et un désir immédiat… un besoin viscéral de s’aimer, quoi qu’il en coûte..
Merci pour votre lecture. Et surtout… prenez soin de commenter selon votre ressenti ce nouveau livre de Tom, cela lui donnera encore plus de visibilité…..
L’équipe Écueil Éditions
Citation du livre :
Le désir ne demande pas toujours la permission.
Il surgit là où on l’attend le moins, dans un monde qui n’a rien prévu pour lui, et vient fissurer tout ce qu’on croyait solide.
Alors il faut choisir : continuer à se renier, ou laisser tomber enfin ce qui nous empêchait de vivre.
Tom Huxley

RÉSUMÉ :

À Chicago, Manuel Rivera avait grandi dans un monde où l’on apprenait très tôt à serrer les poings. Fils aîné d’un ancien boxeur devenu ouvrier, élevé dans la dureté, le silence et la peur, il savait ce qu’on attendait de lui : être fort, encaisser, ne jamais flancher. Dans son quartier, comme à la maison, la faiblesse se payait au prix fort. Alors Manuel boxait et ne baissait jamais les yeux dans la rue. Il tenait debout. Il faisait tout pour devenir l’homme qu’on avait décidé à sa place. Mais au fond de lui, quelque chose résistait. Un désir interdit. Une faille qu’aucun entraînement ne parvenait à refermer. Une faim de tendresse dans un monde qui ne respectait que la violence. Entre les coups, les non-dits, la rue, la honte et les liens familiaux qui enferment autant qu’ils détruisent, Manuel allait devoir affronter ce qu’il redoutait le plus : lui-même.
Roman noir, sensuel et brutal, ce premier tome est l’histoire d’un garçon fracassé par l’amour cagneux des siens, et de ce qui peut encore naître, même au milieu de la peur, quand quelqu’un vous regarde enfin autrement.

PROLOGUE :

À Chicago, certains gamins grandissent trop vite.
Pas parce qu’ils sont plus courageux que les autres. Parce qu’ils n’ont pas le choix.
Ils apprennent très tôt à reconnaître une embrouille au bruit d’une voix, au ralenti d’une voiture, au silence d’un hall d’immeuble. Ils apprennent à marcher sans traîner, à ne pas regarder trop longtemps les mauvaises personnes, à sentir le danger avant même de savoir lui donner un nom. Là-bas, le respect ressemble souvent à la peur, et la peur finit toujours par trouver un corps où s’installer.
Chicago vous apprend vite à quoi sert un corps. À courir. À encaisser. À frapper le premier quand il le faut. À ne pas trembler si quelqu’un vous fixe trop longtemps. À rentrer avant que certaines rues changent d’humeur.
Manuel avait grandi là-dedans. Pas dans la ville des cartes postales, pas dans celle du lac brillant et des tours de verre. Dans l’autre. Celle des immeubles trop pleins, des cages d’escalier qui puent l’humidité, des terrains vagues, des sirènes la nuit, des types adossés aux murs avec des yeux qui calculent avant même de parler.
Chez lui, ce n’était pas mieux.
Le père occupait tout. L’air. L’espace. Les silences. Même quand il n’était pas là, il restait là quand même.
Rafael Rivera avait cette dureté des hommes qui ont tout raté sauf leur colère. Il avait boxé, travaillé, trimé, cru qu’il allait sortir de la misère par les poings, puis compris que le monde prenait sans jamais vraiment rendre. Alors il s’était mis à élever son fils comme on prépare quelqu’un à survivre dans un endroit sans pitié.
Pas de plainte. Pas de faiblesse. Pas d’hésitation. Encore moins de douceur.
Manuel avait appris tôt. Le ring. L’effort. La douleur qu’on ravale. La rue aussi, qui finit toujours par vous demander des comptes, même quand vous n’avez rien promis à personne. Il savait se battre. C’était même ce qu’il faisait de mieux.
Le problème, c’est qu’il sentait bien qu’au fond cela ne suffisait pas.
Il y avait en lui une zone que ni la boxe, ni la fatigue, ni les humiliations du père n’arrivaient à faire taire tout à fait. Quelque chose de trouble, de muet, de troublant. Pas une idée claire. Pas encore. Plutôt un glissement intérieur. Un malaise sans phrase. La certitude qu’il regardait parfois certains garçons d’une façon qu’il aurait dû s’interdire.
Un visage. Une nuque. Une bouche. Des épaules sous un tee-shirt humide. La chaleur d’un torse en sueur contre le sien. Puis la honte, presque dans le même mouvement.
Il savait déjà ce que ce désir risquait de devenir dans le monde où il vivait. Non pas une faiblesse qu’on pardonne, ni un secret qu’on protège, mais une honte, une faute, quelque chose qu’on piétine dès qu’on le reconnaît.
Alors il faisait ce qu’on attendait de lui. Il baissait les yeux au bon moment, serrait les dents, tenait debout.
Pour son père, il était le fils qu’il fallait endurcir. Pour le quartier, le garçon qu’on évite de provoquer sans raison. Pour le ring, un corps discipliné, capable d’encaisser et de rendre coup pour coup.
Pourtant, au fond de lui, cela ne cessait pas. Ce n’était pas assez net pour devenir un aveu, ni assez faible pour se dissiper. Et dans une ville comme Chicago, ce qu’on s’acharne à étouffer finit souvent par revenir avec plus de violence encore.

Premier chapitre :

La loi du quartier

À Chicago, dans les rues de Little Village, on apprenait à serrer les poings avant d’apprendre à marcher. On apprenait même à rendre les coups avant de savoir vraiment parler.

L’hiver, le froid t’arrachait le souffle dès que tu mettais le nez dehors. L’été, c’était l’asphalte qui cuisait, l’odeur de bière tiède, la sueur des types tassés sur les marches des immeubles, les voitures qui passaient au ralenti en crachant de la musique latino, et les sirènes qui traversaient tout ça à fond de train. Les briques étaient noircies par la pluie, la fumée et des années de misère incrustée comme une vieille croûte. Dans les cages d’escalier, ça sentait la pisse, le détergent bas de gamme, et parfois le sang.

Manuel connaissait chaque fissure du trottoir entre l’immeuble des Rivera et la salle de boxe, trois blocs plus loin. Il connaissait aussi les regards qu’il croisait.

Ceux des mères fatiguées qui portaient quatre sacs par bras. Ceux des vieux qui fumaient en silence devant les épiceries grillagées. Ceux des gars de son âge qui cherchaient une raison de se faire un nom. Ceux des plus grands, surtout. Les pires. Ceux qui souriaient pas mais t’examinaient comme si ton visage leur devait déjà quelque chose. Trafiquants, clans, junkies déglingués… bien loin de ce que beaucoup pensent du rêve américain…

Manuel marchait vite, capuche sur la tête, sac de sport à l’épaule. Il avait seize ans, les épaules déjà larges, les mains trop abîmées pour son âge, et cette manière de bouger qui faisait croire qu’il avait peur de rien.

C’était faux.

Il avait peur de plein de choses.

Seulement, chez eux, ça ne se montrait pas. Alors toutes ces peurs pourrissaient en dedans. Elles les vidaient de leur substance. De leur humanité.

Il longea l’épicerie au coin de la 26th Street. Un vieux poste de radio crachait une salsa depuis l’intérieur. Le patron, un Dominicain sec comme un fil de fer, leva à peine les yeux.

— Hé, Manu, cria quelqu’un depuis le trottoir d’en face.

Il reconnut la voix avant même de tourner la tête.

Tito Cárdenas.

Dix-sept ans. Une tête de con. Des bras maigres qu’il agitait comme s’il faisait peur à quelqu’un. Le genre de type qui traînait toujours avec deux autres derrière lui, jamais seul. Là, ils étaient justement trois, adossés à une clôture rouillée, des canettes de soda à la main, le regard plein de défi.

Manuel continua d’avancer.

— J’te parle, boxeur.

Il s’arrêta. Pas parce qu’il en avait envie. Parce qu’il savait déjà comment ça finissait, ce genre de scène. Si tu marchais trop vite, ils disaient que tu fuyais. Si tu répondais, ils montaient d’un cran les hostilités. Si tu baissais les yeux, t’étais mort socialement pour un mois. Voire plus…

Le quartier était petit. La honte tournait vite.

Il se retourna.

— Quoi ?

Tito eut un sourire tordu.

— C’est vrai qu’tu t’es encore fait éclater le nez samedi ?

Manuel haussa une épaule.

— Et alors ?

— Et alors… t’as la gueule d’un chien écrasé.

Les deux autres ricanèrent.

Manuel sentit déjà la chaleur lui monter dans la nuque. Pas la colère. Pas encore. Juste cette vieille alerte qui claquait dans son corps avant les emmerdes. Son père appelait ça le moteur.

Lui, il appelait ça autrement. Il appelait ça : une belle connerie.

— T’as besoin de quoi, Tito ? demanda-t-il.

— J’voulais juste voir si t’étais aussi fort dehors que dans la salle.

— J’ai pas le temps.

— Non. Toi t’as jamais le temps. Toi t’es un mec sérieux, hein ? Le fils à Rivera. Le petit champion.

Manuel serra la mâchoire.

Quand les gens disaient Rivera, dans le quartier, ça voulait jamais dire la famille. Ça voulait dire son père.

Rafael Rivera. L’ancien boxeur. Le Portoricain qui cognait aussi vite que son ombre. Le type qui avait presque percé. Le type qui avait fini à l’usine comme tous les autres. Le type qu’on respectait encore assez pour éviter de trop approcher ses gosses.

Manuel détestait ce respect-là. C’était pas du respect. C’était une laisse.

Tito cracha au sol.

— Vas-y, montre un peu. Ou alors t’es qu’une déco pour gymnase ?

— Lâche-moi.

— Sinon quoi ?

Manuel posa son sac par terre. Les trois sourires d’en face changèrent légèrement. Juste assez pour qu’il voie qu’ils avaient compris. Pas qu’il allait forcément frapper. Mais qu’il savait le faire.

Il s’avança de deux pas.

— J’te l’dis une dernière fois, Tito. J’suis pas d’humeur.

— Oh, la princesse est fatiguée.

Le premier coup partit vite. Trop vite pour les spectateurs, pas assez pour Manuel. Il l’avait vu venir à l’épaule.

Il esquiva.

Le poing de Tito passa à côté de sa joue. Manuel pivota, planta son pied, et lui envoya un direct au ventre. Pas à pleine puissance. Juste assez pour lui couper le souffle.

Tito se plia en deux lâchant un bruit obscène.

Les deux autres bougèrent. Manuel recula d’un pas, garde haute, réflexe propre, net, travaillé mille fois. Le plus grand des deux hésita. Le second, un môme à moustache sale, ramassa une bouteille vide au pied du grillage.

— Fais pas ça, dit Manuel.

— Va te faire foutre.

Le môme leva la bouteille. Manuel avança avant même d’y réfléchir. Un crochet court. La bouteille tomba. Le môme aussi, plus par surprise que par douleur.

Le troisième réussit à l’attraper par derrière. Mauvaise idée. Manuel lui colla un coup de coude dans les côtes, se dégagea, puis le poussa si fort qu’il alla cogner le grillage.

Tito se redressa en toussant, les yeux pleins de haine.

— Enculé.

Le mot frappa Manuel plus fort qu’un poing.

Pas parce que Tito pointait quelque chose en particulier. Il ne mesurait pas même ce que voulaient vraiment dire de tels mots. Dans le quartier, ce mot-là servait à tout. À désigner un faible. Un soumis. À dépeindre autre chose qu’un homme. Une lopette le plus souvent. Un sale pédé…

Mais le mot resta accroché à lui comme une écharde.

Manuel s’approcha encore.

— Ramasse ton pote.

— Va crever !

— Ramasse. Ton. Pote.

Tito le fixa, puis détourna les yeux le premier. Il cracha encore, mais plus bas cette fois, plus prudemment. Il aida l’autre à se relever. Le troisième récupéra la bouteille en verre brisé sans rien dire.

Un silence épais tomba sur le bout de trottoir.

À la fenêtre du deuxième, une vieille observait derrière son rideau. Plus loin, un mec qui réparait sa voiture faisait semblant de ne rien voir.

Chicago continuait de respirer autour d’eux, énorme bête sale qui s’en foutait de trois garçons et d’un demi-combat devant une épicerie.

Manuel reprit son sac.

— Dégage, dit Tito, mais sans forcer.

Manuel ne répondit même pas. Il tourna les talons et repartit.

Son cœur cognait trop vite. Pas d’adrénaline glorieuse. Pas de plaisir. Juste ce vide étrange après l’altercation. Cette sensation d’avoir évité le pire, tout en ayant déjà perdu quelque chose.

Il passa sous la ligne aérienne du train. Le vacarme du métro au-dessus lui fit lever les yeux une seconde. Fer, rouille, grondement, Chicago tout entier suspendu au-dessus des têtes comme un avertissement.

Quand il poussa la porte de la salle, l’odeur le cueillit immédiatement : cuir, transpiration, désinfectant bon marché, talc, vieux bois humide, menthol, sang séché.

C’était presque chez lui.

Pas un endroit qu’il aimait. Un endroit qu’il connaissait trop bien.

Au fond, les sacs lourds cognaient en rythme. La radio crachait un vieux morceau entrecoupé de parasites. Un petit de douze ans sautait à la corde avec l’air de vouloir survivre à quelque chose qu’il ne comprenait même pas encore.

Et au centre, comme toujours, il y avait son père.

Rafael Rivera tenait les pattes d’ours pour un autre gars du quartier. Cinquante gestes d’avance dans les yeux, le cou épais, les tempes déjà grises, les lèvres serrées comme s’il parlait à quelqu’un qu’il avait envie de frapper. Même de loin, il dégageait cette autorité sèche qui mettait les hommes en ligne droite.

Il vit Manuel et réagit tout de suite.

— T’es en retard, lança-t-il.

Manuel regarda l’horloge.

Deux minutes.

— Y avait du monde dehors ?

Rafael repoussa le type avec qui il bossait et s’approcha.

— Quel monde ?

— C’est rien.

— Ce n’est jamais rien ici… Y font partie d’un clan ou ce sont des dealers ?

— Papa…

Manuel détourna le regard et inspira profondément. Il sentit l’odeur de café froid et de sueur sur lui. Son père vivait comme s’il n’avait jamais le temps de s’arrêter assez longtemps pour respirer proprement.

Rafael attrapa son menton sans douceur, tourna son visage à droite, à gauche.

— T’as frappé plus fort qu’eux, j’espère ?!

— Ils ont commencé…

— Et toi t’as fini le travail ?

Manuel ne répondit pas. Il hocha la tête, pas fier.

Son père eut un demi-sourire. Celui qui faisait croire qu’il était fier, alors qu’en réalité il évaluait juste le rendement de son poulain.

— Bien.

Manuel détesta ce mot.

Bien.

Bien pour quoi ? Bien d’avoir cogné ? D’avoir défoncé trois mecs ? Bien d’avoir tenu son nom ? Bien de ressembler à ce qu’on attendait de lui ?

Rafael lâcha sa mâchoire.

— Va bander tes mains. On bosse le corps aujourd’hui. T’as les appuis trop fragiles. T’as l’air de danser comme une gonzesse.

Quelques gars rirent autour.

Manuel encaissa, comme toujours.

Il alla vers le banc, posa son sac, sortit ses bandes. Ses doigts étaient fins malgré tout, précis, presque beaux quand ils n’étaient pas gonflés. Sa mère disait ça quand il était petit. T’as de belles mains, Manu. Des mains d’artiste. Son père l’avait entendu une fois. Il avait ri pendant cinq bonnes minutes.

Un type vint s’asseoir à côté de lui. Luis Ortega, vingt-deux ans, petite frappe du coin, nez tordu, regard vif.

— On dit que t’as couché Tito devant la tienda.

Manuel ne leva même pas les yeux.

— Les gens parlent vite.

— Normal. T’es un Rivera.

Luis lui donna un coup d’épaule léger.

— Prends-le comme un compliment.

— J’prends rien du tout.

Luis le regarda en coin.

— T’es bizarre, toi.

— Merci.

— J’suis sérieux. Tous les autres à ta place, ils kifferaient. Ton vieux, sa réputation, la boxe, les gens qui se poussent quand tu passes…

Manuel finit de serrer sa bande.

— Les gens ne se poussent pas pour moi.

— Ouais. Pour qui alors ?

Il leva enfin les yeux vers Luis.

— Pour ce qu’ils pensent que je suis.

Luis se tut. Une seconde seulement, mais une vraie seconde.

Puis Rafael gueula depuis le ring :

— Manuel ! Tu viens ou tu tricotes ?

Quelques rires encore. Manuel se leva, grimpa entre les cordes.

L’entraînement commença sans un mot de plus.

Rafael simulait les coups de ses pattes d’ours comme s’il réglait des comptes.

— Plus haut.

— Tourne la hanche.

— T’as des bras ou du coton ?

— Recommence.

— Encore.

— Encore.

Le corps de Manuel obéissait. Ça, au moins, il savait faire. Il glissait, frappait, reculait, remontait, rentrait dans l’axe, sortait, respirait par le nez, encaissait l’ordre, répétait les gestes. Son père lui avait mis la boxe dans la tête avant même qu’il comprenne ce qu’était ce sport.

À la sixième reprise, Rafael le fit monter avec un gars plus âgé que lui de quatre ans, un Irlandais de Bridgeport qui venait souvent le mercredi.

— Pas la tête, dit l’autre en resserrant son protège-dents.

Rafael répondit à sa place :

Si frapper la tête te gêne, fallait choisir les échecs.

La cloche sonna.

L’autre fonça. Trop fort. Manuel le lut tout de suite. Deux jabs, un direct, un crochet téléphoné. Manuel para, recula, revint dans l’ouverture avec un enchaînement propre au foie puis au sternum. L’autre eut l’air vexé. Il revint, plus près, en cherchant le corps à corps.

Manuel n’aimait pas ça.

Pas le combat. Le moment juste avant de faire mal.

C’était toujours là que quelque chose en lui se fermait.

L’autre le poussa contre les cordes. Manuel sentit la rage de Rafael avant même de l’entendre.

— Sors de là ! Tu dors ou quoi ?

Alors Manuel fit ce qu’il savait faire le mieux : il devint précis.

Un crochet court. Un pas de côté. Un uppercut contenu. Et enfin ce direct sec, parfait, net, en plein nez.

L’autre vacilla, porta la main à son visage. Du sang passa entre ses doigts.

Le gymnase poussa ce petit bruit collectif que font les hommes quand la violence les satisfait.

— Tu m’as bousillé le nez, connard !

Manuel soupira. Rafael, lui, hocha la tête. Fier, peut-être. Ou content de l’investissement.

— Stop, dit-il.

Manuel recula aussitôt. L’autre le regardait comme s’il avait envie de le tuer.

— C’est ça le sport, lâcha Manuel.

L’Irlandais cracha par terre.

— Va te faire foutre.

Rafael éclata de rire.

— Là, t’apprends. Bien, Manu. Très bien.

Encore ce mot.

Manuel descendit du ring sans répondre. Il alla jusqu’aux vestiaires, ouvrit le robinet du lavabo et se passa de l’eau froide sur la nuque. Son reflet trembla dans le miroir rayé.

Bouche un peu gonflée. Yeux sombres. Pommette marquée. Un visage jeune et pourtant, déjà marqué.

Il resta là quelques secondes, les mains sur le bord du lavabo.

Derrière lui, la porte grinça. Luis entra.

— Comme tu l’as plié, mec. Tu l’as éclaté, l’Irlandais de mes deux…

— Pas tant que ça.

— Arrête. Même ton père était content.

Manuel ferma le robinet.

— C’est ça, le problème.

Luis se mit à rire, puis s’arrêta en voyant qu’il ne plaisantait pas.

— T’es grave, sérieux.

— Peut-être.

— Tu veux quoi, au juste ?

La question resta suspendue.

Manuel regarda son reflet encore une fois.

Il aurait pu répondre n’importe quoi. Devenir champion. Se barrer. Gagner de l’argent. Dormir enfin tranquille. Respirer autre chose que des coups.

À la place, il dit :

— J’sais pas.

Et c’était vrai.

Et pour encore plus d’émotions… Faites-vous plaisir cet été…

Emportez l’un de nos livres ayant ému bien des lecteurices… pour passer un agréable moment en bonne compagnie…

À découvrir ici :

Puisque vous êtes ici, ne manquez pas ce roman de Neil Wood qui semble beaucoup plaire aux lecteurices :

RÉSUMÉ :

Owen, écrivain en chute libre, fuit New York, ses relations sans lendemain et ses angoisses pour un cottage isolé du Maine. Il cherche la solitude, peut-être un semblant d’inspiration. Ce qu’il va trouver à Solace Beach est tout autre.
Il s’appelle River. Grand, taciturne, aussi secret que magnétique, sauvage, et chargé de mystères. Entre eux, c’est brut. Incontrôlable. Et terriblement sensuel.
Mais leur passion réveille les fantômes d’une petite ville rongée par les secrets, les non-dits, les ragots… et une foi dangereusement toxique.
Un roman incandescent où l’amour se mêle à la peur, et où les secrets d’hier menacent le bonheur de demain.

Ce livre parle de ce qu’on tait trop souvent : les blessures de l’homophobie, les ravages des thérapies de conversion, et cette putain de rage de vivre malgré tout.

Et toujours autant de succès, ce livre coup de poing…. LAISSEZ-VOUS EMPORTER DANS CETTE HISTOIRE PROFONDE ET ÉMOUVANTE QUI LAISSE DES TRACES APRÈS LECTURE…. UNE HISTOIRE POIGNANTE QUI MARQUE ET QUESTIONNE, SE PASSANT DANS UN MONDE RURAL ET TRAITANT DES SUJETS AUSSI IMPORTANTS QUE L’HOMOPHOBIE, L’INTOLÉRANCE, LES COMBATS CLANDESTINS, L’AMOUR ET LA PEUR D’AIMER…

Résumé : 

RÉSUMÉ :

Nicolas n’a jamais été comme les autres. Né d’une rencontre sans lendemain, élevé à la dure par un père qui ne l’a jamais accepté, il a appris très tôt à dissimuler ce qu’il est, ce qu’il ressent. Seul Larry, l’ami d’enfance, comprend la sensibilité qui bouillonne en lui. Mais quand la vie à la ferme devient insoutenable, Nico va s’entraîner sans relâche à la boxe pour devenir le meilleur. Et quand les dettes s’accumulent, Nicolas plonge dans un univers addictif pour aider son père financièrement, rejoignant un « Fight Club » et participant à des combats clandestins, brutaux et sans pitié.
Entre amours interdits et combats sauvages, jusqu’où Nicolas ira-t-il pour enfin être vu, aimé, accepté ?

Une histoire sensuelle et bouleversante, où l’amour n’a pas de modèle et où les âmes égarées trouvent parfois leur place là où elles s’y attendaient le moins.

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NEVADA – À corps perdus

À découvrir en cliquant sur l’image :

Yukon – Will, ce qu’on ne sait pas de toi…

Toujours autant populaire cette série de Tom Huxley qui séduit encore autant de lecteurices et nous en sommes très fiers… YUKON 1 & 2 & 3

Jérémie, sportif de haut niveau évoluant en NHL arrive à Montréal, où il loge chez son frère Max et sa femme Brigitte. Après des bagarres à l’entraînement dues notamment à cause de son orientation sexuelle qu’il veut vivre au grand jour, il est suspendu durant des mois par la fédération.

Dylan le meilleur ami de son frère et associé dans leur cabinet de designer est d’accord pour le prendre avec lui dans le Yukon, où il a un magnifique chalet et passe toutes ses vacances là-bas.
Va naître des sentiments entre les deux hommes et un destin commun, Dylan étant père de deux adorables garçons mais cachant un terrible secret. 

S’Wonderful, une série palpitante qui va vous faire voyager et aimer la vie malgré les aléas. Une romance MM de 5 tomes qui va vous permettre de découvrir le parcours de Romain, un homme marqué par les épreuves mais se rappelant sans cesse que l’existence d’un homme est une poussière d’étoile, et qu’il vaut mieux n’en retenir que le merveilleux…      Vous pouvez découvrir les deux premiers tomes passionnants et très émouvants en version e-book, papier ainsi que gratuitement  dans la bibliothèque amazon :  

Publié par tomhuxleyauteur

Enfant, j'imaginais déjà des histoires pleines de personnages hauts en couleurs, que je racontais à tous ceux qui croisaient ma route. Depuis lors, j'ai fait évoluer mes récits, les rendant plus complexes, et les partageant ainsi avec un public plus large. En tant que narrateur, je tire profit de mon imagination et mon sens créatif pour raconter des histoires captivantes et divertissantes. C'est tout naturellement que je me suis porté vers l'érotisme et la sensualité. Sans tomber dans la vulgarité je préfère la poésie plutôt que d'être trop explicite. Même si de nombreuses scènes torrides vous feront à n'en pas douter, avoir des sueurs. Je décris les désirs sexuels comme des personnages à part entière et je les laisse évoluer au gré des situations.

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